MAITRE FOLACE : D’argent ! D'argent qui ne rentre pas. Depuis deux mois les Volfoni n'ont pas versé les redevances de la péniche. Tomate a plus d'un mois de retard, et Théo etc ...

MONSIEUR FERNAND : Mais qu'est ce que c'est ? Une révolte ?

MAITRE FOLACE : Non sire, une révolution ! Personne ne paie plus rien !

MONSIEUR FERNAND : Non mais, ces mecs n’auraient pas la prétention d'engourdir le pognon de ma nièce, non ?

MAITRE FOLACE : On dirait.

MONSIEUR FERNAND : Le Mexicain était au courant.

MAITRE FOLACE : Ah non non surtout pas ! C'était un homme à tirer au hasard sans discernement, alors les ragots dans la presse, si c'était tombé sous les yeux de la petite, vous voyez ça d'ici !

MONSIEUR FERNAND : Ouais, c'que j'vois surtout, si on doit arriver à flinguer, vous préférez que ce soit moi qui m'en charge, c'est ça ?

MAITRE FOLACE : Un tuteur, c'est pas pareil

MONSIEUR FERNAND : Ça se guillotine aussi bien qu'un papa !

MAITRE FOLACE : Mais qui vous demande d'intervenir personnellement ? Nous avons Pascal. Je le convoque ou pas ?

MONSIEUR FERNAND : Si je devais pas être à la foire d'Avignon dans 48 heures, j'dirais non, mais je suis pris par le temps. Et puis je reconnais que c'est jamais bon de laisser dormir les créances, et surtout de permettre au petit personnel de rêver.

Dans le salon

ANTOINE DE LA FOY : Vous parlez de rêver, rêvez vous en couleur ? Antoine de la Foy, le plus respectueux, le plus ancien, le plus fidèle ami de Patricia. Je vous connais monsieur et je vous admire. Patricia vous évoque, vous cite, vous vante en toute occasion, vous êtes le gaucho, le santor des pampas, l'oncle légendaire ...

MONSIEUR FERNAND : Et moi, elle ne m'a jamais parlé de vous.

ANTOINE DE LA FOY : Elle n'a pas eu le temps, ça ne fait rien, je ferais donc mon panégyrique moi-même, c'est parfois assez édifiant et souvent assez drôle, car il m'arrive de m'attribuer des mots qui sont en général d'Alphonse Halley et des aventures puisées dans la vie des hommes illustres.

MONSIEUR FERNAND à PATRICIA :Il est toujours comme ça ?

PATRICIA : Absolument pas ! C'est son côté agaçant, il faut qu'il parle ; en vérité c'est un timide. Je suis sûre que vous serez séduit quand vous le connaîtrez mieux.

MONSIEUR FERNAND : Parce qu'en plus, monsieur séduit.

ANTOINE DE LA FOY : Je ne séduit pas : j'envoûte ... Let me do it Jean (En parlant du Whisky)

JEAN : Thank you sir.

ANTOINE DE LA FOY : Pour en revenir à vos rêves en couleur, savez vous que Borowski les attribuent au phosphore qui est contenu dans le poisson ? Moi je préfère m'en tenir à Freud, c'est plus rigolo. Qu'est ce que vous en pensez ?

MONSIEUR FERNAND : Rien. Je ne rêve pas en couleur je ne rêve pas en noir, je ne rêve pas du tout. Je n'ai pas le temps.

ANTOINE DE LA FOY (parlant du whisky) : Je vous déconseille l'eau, ce serait un crime, il a dix ans d'âge.

PATRICIA : Tonton est débordé par ses affaires.

ANTOINE DE LA FOY : Vous viendrez bien avec nous demain soir.

MONSIEUR FERNAND : Et où ça ?

Maître Folace interloque discrètement Monsieur Fernand

ANTOINE DE LA FOY : Il demande où ça ? Mon dieu qu'il est drôle. Franck Emile jouera pour la première fois Bliel. Chorelli, Beethove, Chopin, tout ça c'est très dépassé, c'est très con, mais avec Bliel : ça peut devenir féroce, tigresque. Bref, tout le monde y sera.

MONSIEUR FERNAND : D'accord, d'accord, je sais que c'est la coutume d'emmener l'oncle de province au cirque. Je vous remercie d'ailleurs d'y avoir pensé, mais vous irez sans moi. Moi demain à sept heures je ne serais pas loin de Montauban, quant à mademoiselle Patricia, elle sera à ses études, nous sommes bien d'accord Patricia ?

PATRICIA : Oui tonton !

Monsieur Fernand sort du salon pour aller dans le vestibule où attendent maître Folace et Pascal

ANTOINE DE LA FOY : J'crois que t'as raison, faut pas le brusquer.

MONSIEUR FERNAND : Qu'est ce qui se passe encore ?

MAITRE FOLACE : Notre ami va se faire un plaisir de vous l'expliquer ...

PASCAL : Les Volfoni ont organisé à la péniche une petite réunion des cadres, façon meeting si vous voyez ce que je veux dire, enfin quoi, on parle dans votre dos.

MONSIEUR FERNAND : Et tu tiens ça d'où ?

PASCAL : Je ne peux pas le dire, j'ai promis, ce serait mal.

MONSIEUR FERNAND : Alors ?

MAITRE FOLACE : Eh bien, y'a deux solutions : ou on se dérange ou on méprise. Oui, évidemment, n'importe comment, une tournée d'inspection ne peut jamais nuire, bien sûr !

MONSIEUR FERNAND : Eh bien, on va y aller !

PASCAL : Monsieur Fernand ? Y'a peut être une place pour moi dans votre auto, des fois que la réunion devienne houleuse ; j'ai une présence tranquillisante ...

PATRICIA : Vous préférez le foie gras pour commencer ou pour finir ?

MONSIEUR FERNAND : C'est à dire que je préférerais demain : j'suis obligé de sortir. Un conseil d'administration ...

ANTOINE DE LA FOY : Quoi ? Vous n'allez pas dîner avec nous ? Moi qui venais de dire à Jean de monter du champagne ?

MONSIEUR FERNAND : Votre invitation me bouleverse ! Bon appétit quand même !

ANTOINE DE LA FOY : C'est du bidon !

PATRICIA : Sûrement pas. Il vient de Strasbourg, on le paie un prix fou ...

ANTOINE DE LA FOY : Non, je parle du conseil d'administration de ton oncle. Si tu veux mon avis, l'oncle va courir la gueuze.

PATRICIA : Tu crois ?

A l'intérieur de la péniche

RAOUL VOLFONI : Voilà quinze ans qu'on fait le trottoir pour le Mexicain, j'ai pas l'intention de continuer à tapiner pour son fantôme.

MME MADO : Le trottoir, le tapin, c'est drôle ça ? On croirait que tu cherches le mot qui blesse ?

THEO : C'est des images.

MME MADO : Les images, ça m'amusait quand j'étais petite, j'ai passé l'âge ! J'dis pas que Louis était toujours très social, non, il avait l'esprit de droit.

TOMATE : Oh, dis eh !

MME MADO : Quand tu parlais augmentation ou vacances, il sortait son flingue avant que t'aie fini. Mais il nous a tout de même apporté à tous, la sécurité.

RAOUL VOLFONI : Ramasser les miettes, vous appelez ça la sécurité vous ? Vous savez combien il nous a coûté le Mexicain en quinze ans ? Vous savez combien qu'il nous a coûté ?? Oh, dis leur Paul, moi j'peux plus.

PAUL VOLFONI : A 500 sacs par mois, rien que de loyer, ça fait 6 briques par an : 90 briques en 15 ans.

RAOUL VOLFONI : Plus 30 briques de moyenne par an sur le flambe. Vous savez à combien on arrive ? Un demi milliard ! Et toi pareil pour la petite ferme. Ben dis que c'est pas vrai !

TOMATE : J'ai rien dis !

RAOUL VOLFONI : Ben moi j'dis que j'lâcherais plus une tune ! Et j'vous invite à tous en faire autant.

THEO : Vous invitez, vous invitez ... C'est très aimable, mais il y a des invitations ...

RAOUL VOLFONI : Qu'est ce qui te gène toi ?

THEO : Le climat : trois morts depuis hier, si ça doit tomber comme à Stalingrad... Une fois ça suffit. J'aime autant garder mes distances.

RAOUL VOLFONI : Dis donc, t'essaierais pas de nous faire porter le chapeau des fois ? Faut le dire tout de suite, hein : Il faut dire Monsieur Raoul vous avez buté Henri, vous avez même buté les deux autres mecs ; vous avez peut être aussi buté le Mexicain, puis aussi l'archiduc d'Autriche...

Pascal, Monsieur Fernand et maître Folace arrivent sur le pont de la péniche

PASCAL : Eh ? Léo, c'est moi, Pascal.

LEO : J'arrive, qui est avec toi ?

PASCAL : Je suis avec le notaire.

LEO : Tu me dis que vous êtes deux, vous êtes trois ...

PASCAL : J'annonce les employés, pas le patron...

LEO : Possible, mais j'attends un ordre de Monsieur Raoul.

Monsieur Fernand envoie d'un coup de poing Léo à l'eau

MAITRE FOLACE :C'est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases ...

PASCAL : Allons !

Dans la péniche

RAOUL VOLFONI : Si vous marchez tous avec moi, qu'est ce qu'il fera votre Fernand, un procès ?

On frappe à la porte de la salle. Freddy se lève et va ouvrir la porte. Monsieur Fernand envoie d'un coup de poing Freddy au tapis

MAÎTRE FOLACE : Bonsoir messieurs ! Madame !

RAOUL VOLFONI : J'croyais pas t'avoir invité ...

MONSIEUR FERNAND : Mais t'avais pas à le faire, j'suis chez moi. Qu'est ce que t'organises ? Un concile ? Tu permets ?

RAOUL VOLFONI : Je les avais réunis pour décider ce qu'on faisait pour le Mexicain, rapport aux obsèques.

MONSIEUR FERNAND : Si c'est des obsèques du Mexicain dont tu veux parler, c'est moi que ça regarde ; maintenant si c'est celle d'Henri ... Tu pourrais peut être les prendre à ta charge.

RAOUL VOLFONI : Non, ça ne va pas recommencer, j'vais pas encore endosser le massacre.

MONSIEUR FERNAND : On parlera de ça un peu plus tard. Pour l'instant on a d'autres petits problèmes à régler, priorités aux affaires. Je commence par le commencement. Honneur aux dames. Mme Mado je présume ?

MME MADO : Elle même.

MONSIEUR FERNAND : Chère madame, Maître Folace m'a fait part de quelques ... Pffff .... Quelques embarras dans votre gestion, momentanés j'espère. Souhaiteriez vous nous fournir quelques explications ?

MME MADO : Les explications Monsieur Fernand, y'en a deux : récession et manque de main oeuvre. Ce n'est pas que la clientèle boude, c'est qu'elle a l'esprit ailleurs. Le furtif, par exemple, a complètement disparu.

MONSIEUR FERNAND : Le furtif ?

MME MADO : Le client qui vient en voisin : bonjour mesdemoiselles, au revoir madame. Au lieu de descendre maintenant après le dîner, il reste devant sa télé, pour voir si par hasard il serait pas un peu l'homme du XXème siècle. Et l'affectueux du dimanche : disparu aussi. Pourquoi ? Pouvez vous me le dire ?

MONSIEUR FERNAND : Encore la télé ?

MME MADO : L’auto Monsieur Fernand ! L'auto !

MONSIEUR FERNAND : Ah, mais dites moi, vous parliez de pénurie de main oeuvre tout à l'heure...

MME MADO : Alors là Monsieur Fernand, c'est un désastre ! Une bonne pensionnaire, ça devient plus rare qu'une femme de ménage. Ces dames s'exportent, le mirage africain nous fait un tort terrible ; et si ça continue, elles iront à Tombouctou à la nage.

MONSIEUR FERNAND : Bien je vous remercie madame Mado, on recausera de tout ça ... Qui est ce le mec du jus de pomme ?

THEO : Ce doit être de moi dont vous voulez parler !

MONSIEUR FERNAND : Dis moi dans ta branche, ça va pas très fort non plus ! Pourtant du pastis vrai ou faux, on en boit encore ?

THEO : Moins qu'avant, la jeunesse française boit des eaux pétillantes, et les anciens combattants, des eaux de régime. Puis surtout il y a le whisky.

MONSIEUR FERNAND : Et alors ?

THEO : C'est le drame ça, le whisky ...

A l'écart, Pascal et le garde de corps de Raoul Volfoni discutent ...

BASTIEN : Dis donc je le connais pas celui-là. Il est nouveau ?

PASCAL : C'est le petit dernier de chez beretta. J'te le conseille pour le combat de près, et puis pour les coups à travers la poche, ou le métro ou l'autobus. Mais notes hein ? Faut en avoir l'usage, sans ça, au prix actuel, on l'amortit pas.

BASTIEN : Le prix passe La qualité reste, c'est pas l'arme de tout le monde, ça ! T'as eu ça par qui ?

PASCAL : Par l'oncle Antonio.

BASTIEN : Le frère de Berthe ?

PASCAL : Oui.

Retour dans la salle de conférence de la péniche ...

THEO : ... Tout ça pour vous faire comprendre, Monsieur Fernand, que le pastis perd de l'adhérence chaque jour. Le client devient dur à suivre.

MONSIEUR FERNAND : Oh tu sais, c'est un petit peu dans tous les domaines pareil, moi si je te parlais motoculture... Ouais enfin !

MME MADO : J’espère qu'il est encore chaud. (le thé)

MONSIEUR FERNAND : Merci.

MONSIEUR FERNAND : Bien, et maintenant à nous, dans votre secteur pas de problème, le jeu a jamais aussi bien marché.

RAOUL VOLFONI : Que tu dis !

MONSIEUR FERNAND : C'qui vous chagrine, c'est la comptabilité, vous êtes des hommes d'action et je vous aie compris, et je vous ai arrangé votre coup.

RAOUL VOLFONI : T'arrange, t'arrange, et si on était pas d'accord ?

MONSIEUR FERNAND : Tu va voir que c'est pas possible, j'ai adopté le système le plus simple, regardes ! On prend les chiffres de l'année dernière, et on les reporte.

TOMATE : L'année dernière, on a battu des records !

MONSIEUR FERNAND : Et bien vous les égalerez cette année ! Vous avez l'air en pleine forme là ? Gais, entreprenants, dynamiques ...

RAOUL VOLFONI : Et en plus, tu nous charries, c'est complet.

MONSIEUR FERNAND : Pascal ?

PASCAL : Oui Monsieur Fernand.

MONSIEUR FERNAND : Tu passeras à l'encaissement chez ces messieurs sous huitaine.

RAOUL VOLFONI : C'est ça, et si jamais on paye pas, tu nous bute ?

PASCAL : Monsieur Raoul ...

MONSIEUR FERNAND : Bien, messieurs, il ne me reste plus qu'à vous remercier de votre attention.

RAOUL VOLFONI : Bastien ! Accompagnes ces messieurs !

Pascal, Monsieur Fernand et maître Folace quittent la salle

MME MADO : Toi Raoul Volfoni, on peut dire que tu en est un ?

RAOUL VOLFONI : Un quoi ?

MME MADO : Un vrai chef.

RAOUL VOLFONI : Mais y connaît pas Raoul ce mec ? Y va avoir un réveil pénible, j'ai voulu être diplomate à cause de vous tous, éviter que le sang coule, mais maintenant c'est fini, j'vais le travailler en férocité, l'faire marcher à coup de lattes, à ma pogne j'veux le voir ! Et vous verrez qu'il demandera pardon et au garde à vous ...

Toc toc toc. Monsieur Fernand envoie un coup de poing à Raoul Volfoni.

MONSIEUR FERNAND : J'avais oublié : les 10% d'amende. Pour le retard.

RAOUL VOLFONI : Il a osé me frapper. Il se rend pas compte.

Pascal, Monsieur Fernand et maître Folace reviennent à la maison du Mexicain

MAITRE FOLACE : Cette petite fête m'a rajeunie de vingt ans. Monsieur Naudin a quelque peu bousculé Monsieur Volfoni senior.

JEAN : Mes compliments monsieur.

MONSIEUR FERNAND : Qu'est ce que c'est encore que ça ?

Monsieur Fernand entre dans la salle de séjour où Patricia et Antoine sont couchés dans le divan et écoutent de la musique

ANTOINE DE LA FOY : Oh non, au moment où la petite flûte allait répondre au cor, vous êtes odieux !

PATRICIA : C’est vrai tonton, ces choses là ne se font pas.

MONSIEUR FERNAND : Ah surtout, je t'en prie hein ?

PATRICIA : Qu’est ce qui vous arrive, mon oncle ? Vous avez été contrarié dans vos affaires ?

MONSIEUR FERNAND : Oh à peine. Si ça ne vous fait rien Monsieur de la Foy, j'aimerais bien avoir une petite explication. Remettez d'abord vos chaussures, vous êtes ridicule.

ANTOINE DE LA FOY : Qu'est ce que vous voulez que je vous explique, cher monsieur ?

MONSIEUR FERNAND : Tout ça, lumière tamisée, musique douce, et vos godasses sur les fauteuils, louis XVI en plus !

ANTOINE DE LA FOY : La confusion doit d'abord s'expliquer, mais les termes sont inadéquates.

MONSIEUR FERNAND : Ah parce que c'est peut être pas du louis XVI ?

ANTOINE DE LA FOY : Euh, non ! C'est du louis XV. Remarquez, vous n'êtes pas tombé loin, mais les sonates de Chorelli ne sont pas de la musique douce.

MONSIEUR FERNAND : Mais pour moi ça en est. Et je suis chez moi !

ANTOINE DE LA FOY : Ah j'aime ça, la thèse est osée mais comme toutes le thèses parfaitement défendable. Mais nous allons si vous le voulez bien discuter de la musique par rapport au local, de l'élixir et du flacon, du contenu et du contenant.

MONSIEUR FERNAND : Patricia, mon petit... je ne voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier, l'homme de la pampa, parfois rude reste toujours courtois, mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menu !

ANTOINE DE LA FOY : Si nous parlions de moi pendant que vous dînerez ?

MONSIEUR FERNAND : Toi, tu vas monter dans ta chambre !

PATRICIA :Bonne nuit Antoine.

MONSIEUR FERNAND : Quant à vous brillant Jeune Homme ...

ANTOINE DE LA FOY : Ne vous donnez pas la peine, je connais le chemin ...

MONSIEUR FERNAND : Justement, faudrait voir à l'oublier.

ANTOINE DE LA FOY : Ce n'est pas du tout gentil Oncle Fernand.

MONSIEUR FERNAND : MONSIEUR Fernand, s'il vous plaît. Aller hop.

ANTOINE DE LA FOY : Soit, les manières y gagneront ce que l'affection perdra.

MONSIEUR FERNAND : Et bien, c'est ça. Pensez dont à moi.

PATRICIA : Vous m'avez terriblement déçue, vous n'avez pas été gentil avec Antoine.

MONSIEUR FERNAND : C'est ce qu'aurait fait ton père, figure toi ; il a jamais pu supporter les voyous, là.

PATRICIA : Antoine, un voyou ? Antoine est un grand compositeur, il a du génie.

MONSIEUR FERNAND : Et bien, les génies se baladent pas pieds nus, figure toi ! Hein ?

PATRICIA : Et Sagan ?

Monsieur Fernand dîne dans la salle de séjour ( Pascal et Bastien entre par la fenêtre)

PASCAL : Bonsoir !

MONSIEUR FERNAND : Vous êtes louf non ? Qu'est ce que c'est que ces façons d'arriver en pleine nuit par le jardin ?

PASCAL : Ben, on ne voulait pas sonner à cette heure là, réveiller toute la maison. Si la demoiselle se posait des questions. A cet âge là, on imagine.

BASTIEN : Et puis, on avait à vous parler.

MONSIEUR FERNAND : Vous, je vous ai déjà vu quelque part ...

BASTIEN : Tout à l'heure, chez les Volfoni. J'étais de l'autre côté.

MONSIEUR FERNAND : Asseyez vous, j'suis en train de becter.

PASCAL : Alors là, on est vraiment confus ! Voilà, si on est venu à deux, y'a une raison ! Bastien, c'est le fils de la soeur de mon père, comme qui dirait, un cousin direct, vous saisissez la complication Monsieur Fernand.

MONSIEUR FERNAND : Non, pas encore !

BASTIEN : Ah, forcement, t'as pas donné à Monsieur Fernand mes références : 1ère gâchette chez Volfoni, 5 ans de labeur, de nuit comme de jour, et sans un accroc.

PASCAL : Vous la voyez ce coup là l'embrouille ? Dans le monde des caves, on appelle ça, un cas de conscience, nous on dit : un point d'honneur. Entre vous et les Volfoni, il va faire vilain temps, en supposant que ça tourne à l'orage, Bastien et moi, on est sûr de se retrouver face à face, flingue en pogne, avec l'honnêteté qui commande de tirer. Ah non, un truc à décimer une famille.

MONSIEUR FERNAND : Ouais, je vois ... Vous voulez boire un coup ?

BASTIEN : Non, non merci, jamais entre les repas.

PASCAL : Moi non plus, chez nous c'est la règle : santé, sobriété.

BASTIEN : On en a trop vu qui se sont gâtés la main aux alcools.

MONSIEUR FERNAND : J'peux rien vous reprocher, les histoires de famille, ça, c'est comme une croyance, ça force le respect. Bon, alors, qu'est ce que vous proposez ?

PASCAL : Bastien a donné sa démission à Monsieur Raoul.

MONSIEUR FERNAND : La tienne va suivre ?

PASCAL : J'peux pas faire moins Monsieur Fernand, ' faut comprendre.

MONSIEUR FERNAND : J'comprend. Ouais, quand la protection de l'enfance coïncide avec la crise du personnel, faut plus comprendre, faut prier !

Le lendemain, Monsieur Fernand dans la salle de séjour avec Patricia

MONSIEUR FERNAND : "et si la vieille définition n'avait pas tant servie à propos de Racine et de Corneille, nous dirions que Bossuet a peint tel qu'il devrait être et que Pascal l'a peint tel qu'il est"... Et ben dit donc. Comment ? Ils t'ont donné que 16/20 ? Et ben, permet moi de te dire qu'ils y vont un peu fort, parce que moi, là, je t'aurais donné un peu plus.

PATRICIA :Vous êtes très gentil mon oncle...

MONSIEUR FERNAND : Non, Patricia, mon enfant, mercredi dernier quand je suis arrivé, nous dérivions et le navire faisait eau de toute part....

JEAN : ...Un Monsieur, au téléphone, un appel de Montauban, l'interlocuteur me semble comment dirais-je ... Un peu rustique, le genre agricole.

MONSIEUR FERNAND : Allo oui ? Oui, c'est moi ... Ça va, ça va ... Alors, hein? ... Oui... Oui... Ben si je suis pas rentré vendredi c'est que j'ai pas pu... Et ben, je ne sais pas moi... 8 jours, peut être 15 .... Et ben, y'a qu'à faire le nécessaire... Enfin, c'est quand même formidable, à chaque fois que j'm'absente, c'est toujours pareil, faut toujours qu'y ait des histoires... et ben, démerdez vous ...

JEAN : "Pascal l'a peint tel qu'il est"... Eh ben moi j'aurais donné à mademoiselle 20/20, et en cotant vache.

PATRICIA :Vous êtes gentil.

MAITRE FOLACE :Vous savez combien il reste au compte courant ? 60 000, 6 briques ...

MONSIEUR FERNAND : Qu'est ce que ça veut dire ? Y'aurait du coulages ?

MAITRE FOLACE :Du coulage, oh, c'est bien plus simple... Y'a que l'argent qui devait rentré sous huitaine, n'est toujours pas rentré. Y'a que l'éducation de la princesse, cheval, musique, peinture, etc ... Atteint un budget "Elyséen". Et y'a que vos dépenses somptuaires ont presque des allures africaines.

Le téléphone sonne

MAITRE FOLACE :Allô oui ? ... Oui ...oui ... Il est là. Une seconde.

MONSIEUR FERNAND : Qui ça ?

MAITRE FOLACE : Justement, Raoul Volfoni.

MONSIEUR FERNAND : Allô, alors on a enfin compris, on casque !

RAOUL VOLFONI : Tu fais de l'obsession, t'es la proie des idées fixes. Je te téléphonais seulement pour t'avertir qu'à la distillerie, y sont en plein baccara, tu devrais t'en occuper, c'est ton rôle grand chef.

MONSIEUR FERNAND : Mais de quoi tu t'occupes ?

RAOUL VOLFONI : Tu vois comme t'es injuste, on cherche à t'obliger, t'es encore pas satisfait.

A la distillerie

TOMATE : Tu crois que Raoul sera tombé dans le piège ?

THEO : Il n’aura pas résisté à la joie d'annoncer une mauvaise nouvelle à l'autre imbécile.

TOMATE : C'est étonnant que le butor aurait pas déjà téléphoné.

THEO : Y'a des impulsifs qui téléphonent, y'en à d'autres qui se déplacent ... ( Monsieur Fernand klaxonne).. et voilà !

TOMATE : Et c'est Volfoni qui portera le chapeau.

THEO : T'es rassuré ?

TOMATE : Ouais.

THEO : En voilà un qui est pratiquement sorti du bagne. Maintenant, ce n'est plus qu'une affaire de patience. Dans un mois, les Volfoni, et les affaires du Mexicain, ça deviendra Théo, Tomate et Cie. (Théo claque des doigts pour appeler son ami) Planques ça, des mégots à la pommade rose l'homme de cromagon pourrait trouver ça amusant. (Monsieur Fernand klaxonne à nouveau) Voilà, voilà, on arrive. Dans 5 minutes vous filez. (Monsieur Fernand klaxonne encore et Théo descend)

MONSIEUR FERNAND : Alors ça vient oui ?

Suite

Retour à l'accueil

RECHERCHE sur Chatelet-Hilton

Texte Libre

Navigation


 

Quelques Liens en images








Tip Top


Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés