jeudi 24 septembre 2009

Aix ou Carcassonne ?

Par Éric Zemmour
Publié le 18/09/2009 dans le Figaro Magazine


UMP qui rit, UMP qui pleure. Il y a quelques semaines, la maire d'Aix-en-Provence conservait son mandat de justesse. Dimanche dernier, les socialistes ravissaient la ville de Carcassonne, après que la droite l'eut gérée pendant vingt-six ans. A chaque fois, le candidat UMP se battit seul contre une coalition de la gauche et du MoDem, ralliée par les Verts.

A chaque fois, le sortant UMP obtint un bon résultat au premier tour. Sans garantie du gouvernement pour le second. Il y eut aussi récemment Perpignan, Chennevières, Goussainville, Morangis. Chaque municipale est bien sûr soumise à un microclimat local fait d'ego démesurés, de coups bas et tordus où l'ennemi le plus farouche est le rival du même camp. Les mêmes leçons nationales peuvent pourtant être tirées de ces partielles aux résultats antagonistes. L'UMP est forte mais désespérément seule ; il lui faut pas moins de 40 % au premier tour pour emporter le second ; cette paradoxale faiblesse explique pourquoi Sarkozy a tendu une main sur sa droite à Villiers et Nihous ; si les people médiatiques amis de Carla sont à gauche, l'électorat populaire est, lui, à droite.
On devine mieux aussi les affres de Martine Aubry. La dernière force du PS réside dans son réseau puissant d'élus locaux que la première secrétaire risque de saborder si elle va au bout de sa logique anticumularde. Les Verts ne parviennent pas localement à réitérer leur putsch des européennes. Les électeurs du MoDem ont déjà entériné la nouvelle ligne stratégique de Sarnez et Bayrou.

Mais si le PCF préfère le confort de l'alliance avec le PS à l'aventure avec Mélenchon, Martine Aubry ne peut refuser l'un (MoDem) pour accueillir l'autre (PCF et extrême gauche). Contrairement à ce qu'elle a prétendu, seul un TSS (tout sauf Sarkozy) peut vaincre le président sortant. Et puis la présidentielle n'est pas une élection locale.
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samedi 29 août 2009

La gauche Marielle

Par Éric Zemmour
Publié le 28/08/2009 dans Le Figaro


A Marseille, la semaine dernière, elle avait joué « Portrait de groupe avec dame ». L'ancienne giscardienne avait posé pour une photo de famille de la gauche plurielle. Mais Marielle de Sarnez arborait la naturelle décontraction bourgeoise qui sied rive gauche ; et le discours anti-Sarkozy qui ravit ce public de communistes, socialistes et Verts mêlés. Il ne faut pas s'en étonner.

C'est elle qui depuis vingt ans a converti François Bayrou, jeune député provincial imprégné d'un catholicisme social mais conservateur, aux rudiments du prêt-à-penser libertaire de Mai 68. Parfois, le Bayrou d'avant reprend le dessus, comme face à Cohn-Bendit lors des européennes, et fait fuir les électeurs bobos scandalisés par ce soudain accès de moralisme. Et Marielle-Sisyphe de tout recommencer.
L'objectif stratégique de Bayrou est pourtant écrit à la fin de son « Mai 68 pour les nuls ». Bayrou aime tellement le PS qu'il préfère qu'il y en ait deux. Depuis le référendum européen de 2005, les sociaux-libéraux qui, au nom de l'Europe, acceptent les contraintes de la mondialisation ne se sont pas vraiment rabibochés avec ceux qui s'accrochent au modèle étatiste et égalitaire français, enrubanné dans le lyrisme révolutionnaire d'antan.

Pourtant, c'est justement au nom de la défense d'un modèle français menacé par la mondialisation que Bayrou propose l'édification de son front anti-Sarkozy ! Allez comprendre. Mais, tactiquement, la question de l'alliance avec le MoDem peut faire exploser le parti de Martine Aubry. Ainsi Romano Prodi a-t-il naguère vaincu Berlusconi en mariant une gauche morcelée aux centristes. Jadis prédateur, le PS est devenu proie.

Mais Bayrou est désormais concurrencé par Cohn-Bendit et les Verts, qui songent eux aussi à débrancher le moribond socialiste pour le remplacer. Bayrou continuera donc à méditer cette sentence de Bismarck qu'il aime tant : «Dans un système à trois, il faut être l'une des deux puissances.»
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mardi 25 août 2009

Zemmour dans Le Figaro : Hénin-Beaumont, ultimes questions

Par Éric Zemmour
Publié le 10/07/2009


Saura-t-on jamais pourquoi les habitants de Hénin-Beaumont n'ont finalement pas voulu mettre la liste du Front national à la tête de leur mairie ?
Ont-ils cru que les loups entraient dans leur ville ? Que Marine Le Pen était antisémite et nostalgique de la Waffen-SS bien qu'elle ait construit sa carrière politique sur le refus systématique des « dérapages » reprochés à son père ? Ont-ils entendu le chant élyséen qui les exhortait à sauver la démocratie en danger ?

Ont-ils compris que Valérie Pécresse les incitait à ne pas voter pour le FN après leur avoir dit de ne pas choisir, et que les appels de Xavier Bertrand en faveur du « front républicain » rendaient furieux les (rares) électeurs UMP du cru ?
Ont-ils voulu éviter que le Ch'ti de New York Dany Boon ne décide Obama à envoyer les « boys » pour les libérer ? Ont-ils deviné que Martine Aubry nettoierait au plus vite les écuries d'Augias du socialisme nordiste ?
Ont-ils voulu favoriser la candidature de Bruno Gollnisch à la succession de Jean-Marie Le Pen ? Mettre un coup d'arrêt à la vague « populiste et nationaliste » montée partout lors des européennes ? Permettre à Nicolas Sarkozy de continuer à s'enorgueillir d'avoir « tué Le Pen » ?
Ont-ils craint que les subventions régionales et départementales leur soient supprimées ? Que leurs services sociaux ferment les uns après les autres ? Ont-ils voulu se débarrasser des bataillons de journalistes, caméras au poing comme des armes, qui détruisaient la tranquillité de leur existence ?

Et derrière eux, la centaine de militants d'extrême gauche antiraciste montés de Paris pour casser du « fasciste » ? Ont-ils eu peur d'être ostracisés éternellement alors qu'ils subissaient déjà la face obscure de la « mondialisation heureuse » : désindustrialisation massive, chômage de masse, immigration débridée, violence croissante ? Salauds de pauvres.
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samedi 13 juin 2009

Le terrible isolement du PS français

Par Éric Zemmour
Publié le 05/06/2009 dans Le Figaro Magazine


Professionnels. Les socialistes ont achevé leur campagne sans passion ni enthousiasme, mais sans sortie de route. L'affichage ostentatoire de l'unité a fait rire - meeting commun Royal-Aubry -, n'a convaincu personne - soutien de toute sa génération à Benoît Hamon -, mais a réussi à étouffer les vrais débats : Manuel Valls qui ose approuver dans Le Figaro le projet de loi Estrosi sur les bandes. L'instinct de survie électorale existe encore au PS. Les européennes n'ont rien réglé pour la présidentielle, mais n'ont pas pourri les régionales. L'essentiel pour ce parti d'élus.
Alors que l'UMP manque de réserves, le PS en a trop ; la bonne campagne de Mélenchon redonne du poids à gauche ; le MoDem est derrière son leader maximo et Cohn-Bendit a fait du bouche-à-bouche aux Verts. Les grands feudataires locaux décideront au cas par cas et, Rue de Solferino, on s'étripera sur «l'union de la gauche» ou «la modernité». Un classique. Le jeu de bascule entre le centre droit et l'extrême gauche, qui occupe les socialistes depuis la IIIe République, n'est pas près de cesser.

Entre-temps, les socialistes français auront pu mesurer leur terrible isolement en Europe. Pour marquer leur retour à gauche, le PS avait fait de Barroso sa tête de Turc. L'idée n'était pas malhabile tactiquement tant le président de la Commission incarne la mondialisation libre-échangiste, la «concurrence pure et non faussée», et l'atlantisme sans complexe. Tout ce que les socialistes français ont entériné depuis près de vingt ans, votant l'essentiel des mesures au Parlement européen avec la droite.
L'hostilité à Barroso permettait de se défausser en douceur. Mais les socialistes espagnols et anglais, les Allemands aussi, refusèrent de lâcher le terne patron de Bruxelles. Les socialistes français se sont inclinés. Une fois de plus. Se sont retournés contre Sarkozy. Mais la dynamique de campagne fut alors brisée.
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vendredi 15 mai 2009

Mai 68 vs mai 2009

Par ÉRIC ZEMMOUR
Publié le 11/05/2009 dans le Figaro Magazine


C'est le retour des seventies. On célèbre le quarantième anniversaire de Wood-stock. Ne manquent que les cheveux longs et les pantalons pattes d'éléphant. Les patrons sont séquestrés, molestés, menacés. Les préfectures saccagées. Le pouvoir consterné et débordé. Ressort la loi anticasseurs.
La gauche compréhensive est gênée. Les syndicats débordés. L'extrême gauche agite, manipule, excite. Comme un poisson dans l'eau. Les méthodes musclées expérimentées en Martinique sont imitées.
La lutte entre la CGT (et la CFDT) et les trotskistes pour le «contrôle de la classe ouvrière» fait rage, aujourd'hui comme il y a trente ans.

Pourtant, le contexte est radicalement différent.
Au début des années 70, notre pays connaissait une croissance économique fastueuse, jamais vue ni avant ni depuis. L'Etat pompidolien colbertiste dirigeait la manœuvre, au sein d'un ensemble européen ouvert, mais protégé. La part des salaires dans la valeur ajoutée était fort élevée, et les inégalités sociales en Europe et même aux Etats-Unis n'avaient jamais été autant réduites. Le discours marxiste s'avérait plaqué, artificiel, déconnecté.
Aujourd'hui, c'est quasiment l'inverse. Un discours anticapitaliste sommaire, qui relève plus de la jacquerie que du marxisme, répond à un capitalisme mondialisé en grave crise. L'Etat a été dé sarmé par vingt ans de privatisations et de libéralisation du marché des capitaux. L'Europe est l'espace le plus ouvert du monde. Les inégalités, aux Etats-Unis et même en Europe, ressemblent de plus en plus à celles qui prévalaient avant la crise de 1929. Près d'un tiers des enfants de cadres sont ouvriers ou employés. Comme dans les années 70, la Chine est à la mode. Certains la voient comme un sauveur, elle en effraie d'autres.
Mais ce ne sont plus les mêmes.
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vendredi 1 mai 2009

Remaniement «new style»

Par Éric Zemmour
Publié le 17/04/2009 dans Le Figaro Magazine


Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Les ministres, en ce temps-là, remplissaient une mission.
L'Etat, la République, la France, la gauche ou mon général, ils en avaient plein la bouche. Costumes trois pièces et langue de bois. Télé en noir et blanc même sur écran couleur. Candidats à rien, mais prêts à tout. Une dignité empreinte de gravité. Servir seulement, disaient-ils. Personne n'en croyait mot. On savait l'ambition, la manigance, la courtisanerie. Mais on la cachait avec soin. On était choisi pour ses « compétences » ; mais aussi (surtout) pour son poids politique dans le parti, dans sa région ou sa ville. Son amitié avec le Président.

Rien n'a changé ? Si, le style. Et le style, c'est l'homme. Désormais, on revendique tout de chic. En toute franchise. Toute transparence. L'ambition, on la porte en sautoir sur une robe Dior ou une chemise sans cravate. On imite le chef qui songeait à l'Elysée en se rasant. On croit ainsi lui complaire.
Justice, Education, Agriculture, c'est la foire d'empoigne. On fanfaronne, on s'époumone. On revendique, on s'agite, on soigne son bruit médiatique. On envoie une lettre de motivation au PDG de la French Corporation Inc. Parfois, il reçoit une boîte de chocolats. On lui réclame promotion, faveur, soutien.
Le Président a composé son gouvernement sur des critères « new style » : avoir de bons sondages de popularité, bien passer (et souvent) à la télévision, être une femme ou un enfant d'immigré récent. La compétence ou le poids politique n'ont aucune importance : l'Elysée s'occupe de tout. La notion de remaniement est vidée de son sens puisque la notion de gouvernement n'a plus vraiment cours.

Nos ministres sont fringants, dynamiques, transparents. Les anciens étaient ternes, austères, hypocrites. De grâce, rendez-nous l'hypocrisie.
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samedi 21 mars 2009

Youssoupha, rappeur : "Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour."

Son arme, c’est les mots. Rien d’autre. C’est ce que défend le rappeur Youssoupha, au coeur d’une polémique depuis quelques jours. Dans sa chanson « A force de le dire », mise en ligne sur son site Internet comme un avant-goût de son nouvel album, il glisse un tacle à l’un des polémistes de « On n’est pas couché » : « Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour.
» Il n’en fallait pas plus pour affoler la Toile et les blogs.
« Le faire taire, c’est le remettre en place »
« Les paroles ne parlent ni de meurtre, ni d’agressions, ni de blessures, expliquait hier l’artiste. Je n’ai ni l’envie de le faire tuer ni de le priver de sa liberté d’expression. Le faire taire, c’est le remettre en place, le mettre face à ses propres contradictions. » Car le rappeur se sent malmené par l’éditorialiste qui voit « les rappeurs comme des analphabètes, a des problèmes avec l’immigration, l’islam, bref tout ce qui me concerne », poursuit le musicien. « Je suis français musulman, rappeur. Zemmour officie sur le service public que je paie à travers la redevance. Et on m’y insulte, on m’y marginalise. »
Alors beaucoup de bruit pour rien ? Oui, aux yeux de Youssoupha prêt à débattre avec son contradicteur. « Dans ma chanson, je parle aussi du sida, de la guerre au Congo, de l’élection d’Obama, de la violence dans les stades, du conflit au Moyen-Orient. Et je consacre une ligne à Zemmour. Si j’avais vraiment voulu monter en épingle une polémique pour vendre mon disque, j’aurais appelé ma chanson A force de le dire à Eric Zemmour ».

Contacté hier, le journaliste ne souhaite pas réagir. « Je me tiens à un strict silence, j’attends, j’observe… Contrairement à ce que j’ai pu lire, je n’envisage pas pour l’instant de porter l’affaire en justice. » La question n’a pas été abordée lors de l’enregistrement du « On n’est pas couché » de ce soir.
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Bandes de non-droit

Par Éric Zemmour
Publié le 20/03/2009 dans Le Figaro


Dans un mois ou dans un an, un policier sera tué à l'occasion d'un traquenard banlieusard. Un et puis deux et puis trois. Et puis dix. Alea jacta est. L'histoire est écrite. Selon un rituel immuable.

Tout a commencé il y a trente ans. A chaque fois, la barre est hissée plus haut. On jette une pierre et puis des centaines. On brûle une voiture et puis des milliers. Le soir du Nouvel An, à Strasbourg, et puis tous les soirs, partout. On dépouille les petits bobos pendant la Fête de la musique. Et puis à toutes les manifs. On sort les couteaux, et puis les haches, et puis les marteaux. On tire sur une voiture de police. Et puis on multiplie les traquenards. On sort les pistolets à grenaille, les fusils. Et demain, les kalachnikovs ?

A chaque fois, les médias s'émeuvent, les syndicats de police s'époumonent, les politiques menacent. Les sociologues expliquent doctement que ces jeunes expriment une souffrance, une douleur, un mal-vivre. La faute au chômage, à l'exclusion, aux discriminations. A Voltaire. A Rousseau.

Et tout retombe et tout recommence. Les sociologues poursuivent : «Il n'y a pas de bandes ethniques», c'est-à-dire que des enfants d'immigrés africains se mêlent à des Antillais. On est soulagé. Les policiers reculent. Les territoires « libérés » s'étendent. Les trafiquants de drogue se réjouissent. Plus on dérangera la tranquillité de leurs trafics, plus ils feront monter les enchères de la violence. Ils se pavanent en BMW ; ils menacent, ils rackettent, mais ils protègent aussi et remplissent les Caddies. Ils jouent Scarface tous les jours. «Il n'y a pas de zones de non-droit en France.» Les policiers vont partout. Avec des CRS par dizaines, déguisés en Robocop. Trois petits tours et puis s'en vont. Ils doivent contenir, mais non répliquer. Zéro mort. L'Etat n'a plus le monopole de la violence légitime.
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samedi 28 février 2009

Le déclin des Régions

Par Eric Zemmour
Publié le 27/02/2009 dans Le Figaro


Elle fut une star. Longtemps, elle symbolisa l'avenir. Les « modernes » de droite et de gauche avaient les yeux brillants quand ils prononçaient son nom en allemand : Land. La Région avait ringardisé le département ; elle devait même remplacer l'Etat-nation, au sein de la glorieuse « Europe des régions ». Si le comité Balladur est écouté, les Régions perdront pourtant leur compétence générale. Leur liberté de se mêler de tout. Cantonalisées, départementalisées. Recadrées sur des missions économiques.

Les circonscriptions administratives furent historiquement liées au mode de déplacement. Le paysan se rendait à pied dans sa commune, avant de rentrer chez lui, à la nuit tombée. Le chef-lieu du département était de même atteint en une journée de cheval. La région était liée à l'automobile. Le TGV a tué la région. Et redonné des couleurs au colbertisme. Nos Régions ne seront jamais des Länder ou des Generalidades. Rhône-Alpes ne sera jamais le Piémont. Nous n'avons pas cette histoire ; nous ne l'aurons jamais. La France est un peu comme ces pays sous-développés qui passent directement au téléphone portable, sans passer par le fixe, et sautent directement à la technologie la plus récente. L'avenir appartient aux grandes métropoles qui, à l'instar du Grand Paris, peuvent accueillir sans ridicule des sièges sociaux. Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Lille, Strasbourg. Bordeaux pour faire plaisir à Juppé.

La Région fut un rêve d'élites. Jamais les populations locales ne s'y sont attachées. Au contraire de la commune, mais aussi du département, comme l'a montré la picrocholine guerre des plaques d'immatriculation. La Fontaine aurait aimé l'histoire de la Région : celle de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ; et finit par éclater.
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samedi 14 février 2009

La tactique gaulliste de Bayrou

Par Éric Zemmour
Publié le 13/02/2009 | Le Figaro


La vie politique française offre souvent le spectacle de ces combats à fronts renversés. Quand Nicolas Sarkozy ramène la France dans les structures intégrées de l'Alliance atlantique, l'ancien militant du RPR qu'il fut semble jeter aux orties l'enseignement du général de Gaulle. Lorsqu'il conteste sa décision avec véhémence, François Bayrou paraît renier l'engagement d'un de ses maîtres : Jean Lecanuet.

Le gaulliste exalte la « défense européenne » et renforce la solidarité occidentale ; le centriste évoque, avec des trémolos dans la voix, l'indépendance de la France et son message original. On se pince. Non, on ne rêve pas, François Bayrou ne rate jamais une occasion de porter le flambeau du meilleur opposant.
Bayrou a compris mieux que d'autres que, dans la Ve République, et plus encore dans le système ultra-personnalisé et ultra-médiatisé de Sarkozy, on ne tape qu'à la tête. Ce charivari idéologique et historique n'a pas seulement des causes tactiques. Depuis la chute du mur de Berlin, l'Otan aurait dû disparaître, puisque son adversaire, l'Union soviétique, avait sombré.

Aussitôt libérées, les anciennes démocraties populaires se sont pourtant ruées dans l'Otan ; des satellites séculaires de Moscou, Géorgie ou Ukraine, en rêvent. Les nouveaux arrivants ont le zèle des convertis.
L'Amérique a renforcé son pouvoir, qu'elle exerce seule. Sarkozy et Bayrou prônent tous deux une défense européenne, mais les autres Européens jugent que l'armée américaine en fait déjà fonction. La France n'a jamais abandonné l'Alliance atlantique ; mais le général de Gaulle avait quitté les structures militaires intégrées parce qu'il refusait de suivre les Etats-Unis en dehors de l'Europe.
A l'époque, au Vietnam. L'Otan ne cesse depuis de sortir de sa zone d'origine. Une sorte d'ONU bis.

Une alliance occidentale, dans un monde où l'Occident n'est plus le maître absolu.
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samedi 7 février 2009

Kouchner, le bouclier de la popularité

Par Éric Zemmour
Publié le 06/02/2009 dans Le Figaro

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Rumeurs, calomnies, infamies ? Ou révélations, dénonciations, combinazione ?

La bataille entre Bernard Kouchner et Pierre Péan ne fait que commencer.
Dans son dernier livre

, le journaliste « dénonce » les turpitudes prétendues du « French doctor », en Afrique en particulier. Depuis, le ministre des Affaires étrangères se défend bec et ongles. Il dément, il dénonce, il accuse. Il se bat. Ce n'est pas la première fois qu'il est accusé de faire payer grassement ses engagements humanitaires : on se souvient de l'histoire du rapport pour Total en Birmanie. Kouchner a toujours eu un goût prononcé pour la « grande vie ». « Deux tiers mondain, un tiers-mondiste », le brocardait-on jadis. Mais jusqu'à présent, rien n'a attaché à Kouchner-Tefal. Rien n'est prouvé contre lui. La présomption d'innocence le protège. Sa popularité est encore haute. C'est son bouclier. Et son épée de maréchal.
C'est à ses sondages flatteurs qu'il doit en grande partie son ministère, alors que Sarkozy a un temps balancé entre lui et Hubert Védrine. L'ancien conseiller de Mitterrand voulait être le vrai patron du Quai d'Orsay, comme il l'avait été sous Jospin. Le seul. Ce que n'est pas Bernard Kouchner, placé sous la tutelle de l'Elysée et de son diplomate en chef, Jean-David Levitte. A l'Elysée, on s'interroge, on s'inquiète. Protection ? Démission ?
L'image de la France est en jeu. On observe les réactions des capitales étrangères. Et on scrute à la loupe les études d'opinion. Déjà, Kouchner a dégringolé après avoir déclaré que le ministère des Droits de l'homme de Rama Yade était inutile. Sur le fond, il n'avait sans doute pas tort, mais il a semblé agresser une (belle) jeune femme déjà en difficulté, et surtout renier le combat humanitaire de toute sa vie. Dans les sondages de popularité, Kouchner reste à un étiage que lui envient la plupart des politiques. Jusqu'à quand ?
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lundi 26 janvier 2009

Jeunes idées reçues

Par Éric Zemmour
Publié le 16/01/2009 dans Le Figaro


Il faudrait écrire un dictionnaire des idées reçues de l'Education nationale. Un texte court, concis, qui rendrait service à tous les protagonistes, puisqu'ils répètent toujours les mêmes choses depuis quarante ans.

--Réforme : activité unique d'un ministre de l'Education nationale.

--Réforme : tu sais où on la met.

--Réforme : doit être retirée.

--Réforme : doit être retirée, même quand elle n'est pas encore votée ; même quand elle n'est pas encore écrite.

- Moyens : manquent. Réponse unique pavlovienne des syndicats. Depuis vingt ans, on met toujours plus d'argent dans l'école, et le niveau scolaire baisse toujours davantage.

--Consultations : un ministre doit les ouvrir. Pour les syndicats, cela signifie qu'il doit cogérer avec eux son ministère, ce qu'ont fait à peu près tous les hôtes de la Rue de Grenelle depuis l'après-guerre. Pour les rares récalcitrants, voir jeunes.

--Jeunes : sont dans la rue.

--Dentifrice : une fois sorti du tube, on ne peut plus l'y remettre. Lieu commun répété par les journalistes pour décrire les manifs juvéniles et par les politiques pour justifier leur couardise.

--Démocratie : initié à la Les manifestations de jeunes sont pour eux un rite initiatique, ce qui signifie, depuis Mai 68, qu'ils apprennent à se faire manipuler par des groupuscules gauchistes qui ont la maîtrise de la parole et de la rue.

--Syndrome Malik Oussekine : le craindre. Dès que trois jeunes sont dans la rue, les policiers et les politiques de droite craignent la mort accidentelle de l'un d'entre eux.

--Richard Descoings : la pommade pour soigner l'échec de Darcos.

--Martin Hirsch : la pommade pour soigner l'inexistence de Laporte.

--La réforme continue : mâle propos sarkozien qui signifie que la droite prie la gauche de couvrir sa retraite.

--Sarkozy : voir Chirac.

--Chirac : voir Mitterrand.

--Mitterrand : voir Giscard.

--Giscard : voir Pompidou.

--Pompidou : voir de Gaulle. Même lui !
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mardi 13 janvier 2009

Paris comme Gaza ?

Par Éric Zemmour
Publié le 09/01/2009 dans Le Figaro

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Manifestations violentes, slogans vengeurs, voitures brûlées ; et maintenant, attentats : la France importerait-elle sur son sol l'affrontement de Gaza ? Comme si certains voulaient venger sur des « Juifs d'ici » ce que subissait leurs « frères » par les « Juifs de là-bas ». Comme si leur commune nationalité n'était qu'un chiffon de papier. Comme si un lent travail d'identification communautaire à des patries d'adoption, largement mythifiées, avait réduit à rien le sentiment d'appartenance française.
De manière anecdotique, cette exaltation identitaire a débuté dans les années 80, avec le choix des prénoms des enfants, chacun cherchant « ses racines » ou se projetant dans une « modernité » anglo-saxonne ; et on ne s'étonne plus aujourd'hui qu'un ministre de la République prénomme sa fille Zohra. Cette soif identitaire a miné l'assimilation à la française, que nos élites bien-pensantes condamnaient comme une forme intolérable de néocolonialisme.
C'est le fruit vénéneux de l'antiracisme des années 80 qui a exalté les différences pour mieux dénigrer une identité française assimilée au franchouillard pétainiste et raciste ; et la référence obsessionnelle à la Shoah, qui a entraîné une concurrence victimaire, dont Dieudonné restera l'emblème.
Pendant des années, les « représentants de la communauté juive » transformèrent les dîners du Crif où se pressaient les hauts dignitaires de la République, de droite et de gauche, en tribunal de « la politique arabe de la France » ; ils condamnent désormais l'UOIF islamiste, qui pousse dans les mosquées les imams à « sensibiliser les fidèles à la juste cause palestinienne ».
Paris comme Gaza ? Paradoxalement, les risques d'affrontements sont aujourd'hui réduits parce que les populations juives ont fui, la Seine-Saint-Denis en particulier, après les violences déjà subies à la suite de l'intifada de 2000 et ont mis leurs enfants dans des écoles confessionnelles.

Les mêmes qui ont longtemps exalté les différences identitaires dénoncent désormais ces phénomènes de ghettoïsation.



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